Là-bas, dans une clairière de la forêt, le nain Frocin interrogeait le cours des étoiles; il y lut que le roi le menaçait de mort; il noircit de peur et de honte, enfla de rage, et s’enfuit prestement vers la terre de Galles.
VII
[LE NAIN FROCIN]
Wê dem selbin getwerge,
Daz er den edelin man vorrit!
(Eilhart d’Oberg.)
Le roi Marc a fait sa paix avec Tristan. Il lui a donné congé de revenir au château, et, comme naguère, Tristan couche dans la chambre du roi parmi les privés et les fidèles. A son gré, il y peut entrer, il en peut sortir: le roi n’en a plus souci. Mais qui donc peut longtemps tenir ses amours secrètes?
Marc avait pardonné aux félons, et comme le sénéchal Dinas de Lidan avait un jour trouvé dans une forêt lointaine, errant et misérable, le nain bossu, il le ramena au roi, qui eut pitié et lui pardonna son méfait.
Mais sa bonté ne fit qu’exciter la haine des barons; ayant de nouveau surpris Tristan et la reine, ils se lièrent par ce serment: si le roi ne chassait pas son neveu hors du pays, ils se retireraient dans leurs forts châteaux pour le guerroyer. Ils appelèrent le roi à parlement:
«Seigneur, aime-nous, hais-nous, à ton choix; mais nous voulons que tu chasses Tristan. Il aime la reine, et le voit qui veut, mais nous, nous ne le souffrirons plus.»
Le roi les entend, soupire, baisse le front vers la terre, se tait.