Marc répondit en sa colère:

«Non, ni répit, ni merci, ni plaid, ni jugement! Par ce Seigneur qui créa le monde, si nul m’ose encore requérir de telle chose, il brûlera le premier sur ce brasier!»

Il ordonne qu’on allume le feu et qu’on aille quérir au château Tristan d’abord.

Les épines flambent, tous se taisent, le roi attend.

Les valets ont couru jusqu’à la chambre où les amants sont étroitement gardés. Ils entraînent Tristan par ses mains liées de cordes. Par Dieu! ce fut vilenie de l’entraver ainsi! Il pleure sous l’affront; mais de quoi lui servent ses larmes? On l’emmène honteusement; et la reine s’écrie, presque folle d’angoisse:

«Être tuée, ami, pour que vous soyez sauvé, ce serait grande joie!»

Les gardes et Tristan descendent hors de la ville, vers le bûcher. Mais, derrière eux, un cavalier se précipite, les rejoint, saute à bas du destrier encore courant: c’est Dinas, le bon sénéchal. Au bruit de l’aventure, il s’en venait de son château de Lidan, et l’écume, la sueur et le sang ruisselaient aux flancs de son cheval:

«Fils, je me hâte vers le plaid du roi. Dieu m’accordera peut-être d’y ouvrir tel conseil qui vous aidera tous deux; déjà il me permet du moins de te servir par une menue courtoisie. Amis, dit-il aux valets, je veux que vous le meniez sans ces entraves,—et Dinas trancha les cordes honteuses;—s’il essayait de fuir, ne tenez-vous pas vos épées?»

Il baise Tristan sur les lèvres, remonte en selle, et son cheval l’emporte.

Or, écoutez comme le seigneur Dieu est plein de pitié. Lui, qui ne veut pas la mort du pécheur, il reçut en gré les larmes et la clameur des pauvres gens qui le suppliaient pour les amants torturés. Près de la route où Tristan passait, au faîte d’un roc et tournée vers la bise, une chapelle se dressait sur la mer.