Qui nen avroit d’Iseut pitié.
(Béroul.)
Par la cité, dans la nuit noire, la nouvelle court: Tristan et la reine ont été saisis; le roi veut les tuer. Riches bourgeois et petites gens, tous pleurent.
«Hélas! nous devons bien pleurer! Tristan, hardi baron, mourrez-vous donc par si laide traîtrise? Et vous, reine franche, reine honorée, en quelle terre naîtra jamais fille de roi si belle, si chère? C’est donc là, nain bossu, l’œuvre de tes devinailles? Qu’il ne voie jamais la face de Dieu, celui qui, t’ayant trouvé, n’enfoncera pas son épieu dans ton corps! Tristan, bel ami cher, quand le Morholt, venu pour ravir nos enfants, prit terre sur ce rivage, nul de nos barons n’osa s’armer contre lui, et tous se taisaient, pareils à des muets. Mais vous, Tristan, vous avez fait le combat pour nous tous, hommes de Cornouailles, et vous avez tué le Morholt; et lui vous navra d’un épieu dont vous avez manqué mourir pour nous. Aujourd’hui, en souvenir de ces choses, devrions-nous consentir à votre mort?»
Les plaintes, les cris, montent par la cité; tous courent au palais. Mais tel est le courroux du roi qu’il n’y a si fort ni si fier baron qui ose risquer une seule parole pour le fléchir.
Le jour approche, la nuit s’en va. Avant le soleil levé, Marc chevauche hors de la ville, au lieu où il avait coutume de tenir ses plaids et de juger. Il commande qu’on creuse une fosse en terre et qu’on y amasse des sarments noueux et tranchants et des épines blanches et noires, arrachées avec leurs racines.
A l’heure de prime, il fait crier un ban par le pays pour convoquer aussitôt les hommes de Cornouailles. Ils s’assemblent à grand bruit: nul qui ne pleure, hormis le nain de Tintagel. Alors le roi leur parla ainsi:
«Seigneurs, j’ai fait dresser ce bûcher d’épines pour Tristan et pour la reine, car ils ont forfait.»
Mais tous lui crièrent:
«Jugement, roi! le jugement d’abord, l’escondit et le plaid! Les tuer sans jugement, c’est honte et crime, Roi, répit et merci pour eux!»