«Accordez-moi merci, seigneur! Au nom du Dieu qui souffrit la passion, seigneur, pitié pour nous!
—Seigneur, venge-toi! répondent les félons.
—Bel oncle, ce n’est pas pour moi que je vous implore; que m’importe de mourir? Certes, n’était la crainte de vous courroucer, je vendrais cher cet affront aux couards qui, sans votre sauvegarde, n’auraient osé toucher mon corps de leurs mains; mais, par respect et pour l’amour de vous, je me livre à votre merci; faites de moi selon votre plaisir. Me voici, seigneur, mais pitié pour la reine!»
Et Tristan s’incline et s’humilie à ses pieds.
«Pitié pour la reine, car s’il est un homme, en ta maison, assez hardi pour soutenir ce mensonge que je l’ai aimée d’amour coupable, il me trouvera debout devant lui en champ clos. Sire, grâce pour elle, au nom du seigneur Dieu!»
Mais les trois barons l’ont lié de cordes, lui et la reine. Ah! s’il avait su qu’il ne serait pas admis à prouver son innocence en combat singulier, on l’eût démembré vif avant qu’il eût souffert d’être lié vilement.
Mais il se fiait en Dieu et savait qu’en champ clos nul n’oserait brandir une arme contre lui. Et, certes, il se fiait justement en Dieu. Quand il jurait qu’il n’avait jamais aimé la reine d’amour coupable, les félons riaient de l’insolente imposture. Mais je vous appelle, seigneurs, vous qui savez la vérité du philtre bu sur la mer et qui comprenez, disait-il mensonge? Ce n’est pas le fait qui prouve le crime, mais le jugement. Les hommes voient le fait, mais Dieu voit les cœurs, et, seul, il est vrai juge. Il a donc institué que tout homme accusé pourrait soutenir son droit par bataille, et lui-même combat avec l’innocent. C’est pourquoi Tristan réclamait justice et bataille et se garda de manquer en rien au roi Marc. Mais s’il avait pu prévoir ce qui advint, il aurait tué les félons. Ah! Dieu! pourquoi ne les tua-t-il pas?
VIII
[LE SAUT DE LA CHAPELLE]
Qui voit son cors et sa façon,
Trop par avroit le cuer felon