—Amie, je vous donne Husdent.
—Ami, prenez cet anneau en récompense.»
Et tous deux se baisèrent sur les lèvres.
Or, laissant les amants à l’ermitage, Ogrin avait cheminé sur sa béquille jusqu’au Mont; il y acheta du vair, du gris, de l’hermine, des draps de soie, de pourpre et d’écarlate, et un chainse plus blanc que fleur de lis, et encore un palefroi harnaché d’or, qui allait l’amble doucement. Les gens riaient à le voir disperser, pour ces achats étranges et magnifiques, ses deniers dès longtemps amassés; mais le vieil homme chargea sur le palefroi les riches étoffes et revint auprès d’Iseut:
«Reine, vos vêtements tombent en lambeaux; acceptez ces présents, afin que vous soyez plus belle le jour où vous irez au Gué Aventureux; je crains qu’ils ne vous déplaisent: je ne suis pas expert à choisir de tels atours.»
Pourtant, le roi faisait crier par la Cornouailles la nouvelle qu’à trois jours de là, au Gué Aventureux, il ferait accord avec la reine. Dames et chevaliers se rendirent en foule à cette assemblée; tous désiraient revoir la reine Iseut, tous l’aimaient, sauf les trois félons qui survivaient encore.
Mais de ces trois, l’un mourra par l’épée, l’autre périra transpercé par une flèche, l’autre noyé; et, quant au forestier, Perinis, le Franc, le Blond, l’assommera à coups de son bâton, dans le bois. Ainsi Dieu, qui hait toute démesure, vengera les amants de leurs ennemis!
Au jour marqué pour l’assemblée, au Gué Aventureux, la prairie brillait au loin, toute tendue et parée des riches tentes des barons. Dans la forêt, Tristan chevauchait avec Iseut, et, par crainte d’une embûche, il avait revêtu son haubert sous ses haillons. Soudain, tous deux apparurent au seuil de la forêt et virent au loin, parmi ses barons, le roi Marc.
«Amie, dit Tristan, voici le roi votre seigneur, ses chevaliers et ses soudoyers; ils viennent vers nous; dans un instant nous ne pourrons plus nous parler. Par le Dieu puissant et glorieux, je vous conjure: si jamais je vous adresse un message, faites ce que je vous manderai!
—Ami Tristan, dès que j’aurai revu l’anneau de jaspe vert, ni tour, ni mur, ni fort château ne m’empêcheront de faire la volonté de mon ami.