Le roi demanda par trois fois:
«Nul ne se lève-t-il pour accuser Tristan?»
Tous se taisaient. Alors, il dit au chapelain:
«Faites donc un bref au plus vite; vous avez ouï ce qu’il faut y mettre; hâtez-vous de l’écrire: Iseut n’a que trop souffert en ses jeunes années! Et que la charte soit suspendue à la branche de la Croix-Rouge avant ce soir; faites vite.»
Il ajouta:
«Vous direz encore que je leur envoie à tous deux salut et amour.»
Vers la mi-nuit, Tristan traversa la Blanche-Lande, trouva le bref et l’apporta scellé à l’ermite Ogrin. L’ermite lui lut les lettres: Marc consentait, sur le conseil de tous ses barons, à reprendre Iseut, mais non à garder Tristan comme soudoyer; pour Tristan, il lui faudrait passer la mer, quand, à trois jours de là, au Gué Aventureux, il aurait remis la reine entre les mains de Marc.
«Dieu! dit Tristan, quel deuil de vous perdre, amie! Il le faut, pourtant, puisque la souffrance que vous supportiez à cause de moi, je puis maintenant vous l’épargner. Quand viendra l’instant de nous séparer, je vous donnerai un présent, gage de mon amour. Du pays inconnu où je vais, je vous enverrai un messager; il me redira votre désir, amie, et, au premier appel, de la terre lointaine, j’accourai.»
Iseut soupira et dit:
«Tristan, laisse-moi Husdent, ton chien. Jamais limier de prix n’aura été gardé à plus d’honneur. Quand je le verrai, je me souviendrai de toi et je serai moins triste. Ami, j’ai un anneau de jaspe vert, prends-le pour l’amour de moi, porte-le à ton doigt: si jamais un messager prétend venir de ta part, je ne le croirai pas, quoi qu’il fasse ou qu’il dise, tant qu’il ne m’aura pas montré cet anneau. Mais, dès que je l’aurai vu, nul pouvoir, nulle défense royale, ne m’empêcheront de faire ce que tu m’auras mandé, que ce soit sagesse ou folie.