XV
[ISEUT AUX BLANCHES MAINS]

Ire de femme est a duter;

Mol s’en deit bien chascuns garder.

Cum de leger vient leur amur,

De leger revient lur haür.

(Thomas.)

Les amants ne pouvaient ni vivre ni mourir l’un sans l’autre. Séparés, ce n’était pas la vie, ni la mort, mais la vie et la mort à la fois.

Par les mers, les îles et les pays, Tristan voulut fuir sa misère. Il revit son pays de Loonnois, où Rohalt le Foi-Tenant reçut son fils avec des larmes de tendresse; mais ne pouvant supporter de vivre dans le repos de sa terre, Tristan s’en fut par les duchés et les royaumes, cherchant les aventures. Du Loonnois en Frise, de Frise en Gavoie, d’Allemagne en Espagne, il servit maints seigneurs, acheva maintes emprises. Mais, pendant deux années, nulle nouvelle ne lui vint de la Cornouailles, nul ami, nul message.

Alors il crut qu’Iseut s’était déprise de lui et qu’elle l’oubliait.

Or, il advint qu’un jour, chevauchant avec le seul Gorvenal, il entra sur la terre de Bretagne. Ils traversèrent une plaine dévastée: partout des murs ruinés, des villages sans habitants, des champs essartés par le feu, et leurs chevaux foulaient des cendres et des charbons. Sur la lande déserte, Tristan songea: