—Ah! sire, dites-lui qu’elle m’est restée chère par-dessus toutes les femmes, et ce sera vérité.

—Or donc, suis-moi, Tristan; je t’aiderai en ton besoin.»

A Lidan, le sénéchal hébergea Tristan, Gorvenal, Kaherdin et son écuyer, et quand Tristan lui eut conté de point en point l’aventure de sa vie, Dinas s’en fut à Tintagel pour s’enquérir des nouvelles de la cour. Il apprit qu’à trois jours de là, la reine Iseut, le roi Marc, toute sa mesnie, tous ses écuyers et tous ses veneurs quitteraient Tintagel pour s’établir au château de la Blanche-Lande, où de grandes chasses étaient préparées. Alors Tristan confia au sénéchal son anneau de jaspe vert et le message qu’il devait redire à la reine.

XVII
[DINAS DE LIDAN]

Bele amie, si est de nus:

Ne vus sans mei, ne jo sans vus.

(Marie de France.)

Dinas retourna donc à Tintagel, monta les degrés et entra dans la salle. Sous le dais, le roi Marc et Iseut la Blonde étaient assis à l’échiquier. Dinas prit place sur un escabeau près de la reine, comme pour observer son jeu, et par deux fois, feignant de lui désigner les pièces, il posa sa main sur l’échiquier: à la seconde fois, Iseut reconnut à son doigt l’anneau de jaspe. Alors, elle eut assez joué. Elle heurta légèrement le bras de Dinas, en telle guise que plusieurs paonnets tombèrent en désordre.

«Voyez, sénéchal, dit-elle, vous avez troublé mon jeu, et de telle sorte que je ne saurais le reprendre.»

Marc quitte la salle, Iseut se retire en sa chambre, et fait venir le sénéchal auprès d’elle: