Le vent leur fut léger et bon, tant qu’ils atterrirent un matin, avant l’aurore, non loin de Tintagel, dans une crique déserte, voisine du château de Lidan. Là, sans doute, Dinas de Lidan, le bon sénéchal, les hébergerait et saurait cacher leur venue.
Au petit jour, les deux compagnons montaient vers Lidan quand ils virent venir derrière eux un homme qui suivait la même route, au petit pas de son cheval. Ils se jetèrent sous bois, mais l’homme passa sans les voir, car il sommeillait en selle. Tristan le reconnut:
«Frère, dit-il tout bas à Kaherdin, c’est Dinas de Lidan lui-même. Il dort. Sans doute, il revient de chez son amie et rêve encore d’elle: il ne serait pas courtois de l’éveiller, mais suis-moi de loin.»
Il rejoignit Dinas, prit doucement son cheval par la bride, et chemina sans bruit à ses côtés. Enfin, un faux pas du cheval réveilla le dormeur. Il ouvre les yeux, voit Tristan, hésite:
«C’est toi, c’est toi, Tristan! Dieu bénisse l’heure où je te revois: je l’ai si longtemps attendue!
—Ami, Dieu vous sauve! Quelles nouvelles me direz-vous de la reine?
—Hélas! de dures nouvelles. Le roi la chérit et veut lui faire fête; mais depuis ton exil elle languit et pleure pour toi. Ah! pourquoi revenir près d’elle? Veux-tu chercher encore sa mort et la tienne? Tristan, aie pitié de la reine, laisse-la à son repos!
—Ami, dit Tristan, octroyez-moi un don: cachez-moi à Lidan, portez-lui mon message et faites que je la revoie une fois, une seule fois.»
Dinas répondit:
«J’ai pitié de ma dame, et je ne veux faire ton message que si je sais qu’elle t’est restée chère par-dessus toutes les femmes.