Elle appela Perinis le Fidèle, et lui redit les nouvelles que Bleheri lui avait portées. Elle ajouta:

«Ami, cherche Tristan sur la route abandonnée qui va de Tintagel à Saint-Lubin. Tu lui diras que je ne le salue pas, et qu’il ne soit pas si hardi que d’oser approcher de moi, car je le ferais chasser par les sergents et les valets.»

Perinis se mit en quête, tant qu’il trouva Tristan et Kaherdin. Il leur fit le message de la reine.

«Frère, s’écria Tristan, qu’as-tu dit? Comment aurais-je fui devant Bleheri, puisque, tu le vois, nous n’avons pas même nos chevaux? Gorvenal les gardait, nous ne l’avons pas retrouvé au lieu désigné, et nous le cherchons encore.»

A cet instant revinrent Gorvenal et l’écuyer de Kaherdin: ils confessèrent leur aventure.

«Perinis, beau doux ami, dit Tristan, retourne en hâte vers ta dame. Dis-lui que je lui envoie salut et amour, que je n’ai pas failli à la loyauté que je lui dois, qu’elle m’est chère par-dessus toutes les femmes; dis-lui qu’elle te renvoie vers moi me porter sa merci: j’attendrai ici que tu reviennes.»

Perinis retourna donc vers la reine et lui redit ce qu’il avait vu et entendu. Mais elle ne le crut pas:

«Ah! Perinis, tu étais mon privé et mon fidèle, et mon père t’avait destiné, tout enfant, à me servir. Mais Tristan l’enchanteur t’a gagné par ses mensonges et ses présents. Toi aussi, tu m’as trahie; va-t’en!»

Perinis s’agenouilla devant elle:

«Dame, j’entends paroles dures. Jamais je n’eus telle peine en ma vie. Mais peu me chaut de moi: j’ai deuil pour vous, dame, qui faites outrage à mon seigneur Tristan, et qui trop tard en aurez regret.