—Va-t’en, je ne te crois pas! Toi aussi, Perinis, Perinis le Fidèle, tu m’as trahie!»

Tristan attendit longtemps que Perinis lui portât le pardon de la reine. Perinis ne vint pas.

Au matin, Tristan s’atourne d’une grande chape en lambeaux. Il peint par places son visage de vermillon et de brou de noix, en sorte qu’il ressemble à un malade rongé par la lèpre. Il prend en ses mains un hanap de bois veiné à recueillir les aumônes et une crécelle de ladre.

Il entre dans les rues de Saint-Lubin, et, muant sa voix, mendie à tous venants. Pourra-t-il seulement apercevoir la reine?

Elle sort enfin du château; Brangien et ses femmes, ses valets et ses sergents l’accompagnent. Elle prend la voie qui mène à l’église. Le lépreux suit les valets, fait sonner sa crécelle, supplie à voix dolente:

«Reine, faites-moi quelque bien; vous ne savez pas comme je suis besogneux!»

A son beau corps, à sa stature, Iseut l’a reconnu. Elle frémit toute, mais ne daigne baisser son regard vers lui. Le lépreux l’implore, et c’était pitié de l’ouïr; il se traîne après elle:

«Reine, si j’ose approcher de vous, ne vous courroucez pas; ayez merci de moi, je l’ai bien mérité!»

Mais la reine appelle les valets et les sergents:

«Chassez ce ladre!» leur dit-elle.