Iseut le regarde, soupire, ne sait que dire et que croire, voit bien qu’il sait toutes choses, mais ce serait folie d’avouer qu’il est Tristan; et Tristan lui dit:

«Dame reine, je sais bien que vous vous êtes retirée de moi et je vous accuse de trahison. J’ai connu, pourtant, belle, des jours où vous m’aimiez d’amour. C’était dans la forêt profonde, sous la loge de feuillage. Vous souvient-il encore du jour où je vous donnai mon bon chien Husdent? Ah! celui-là m’a toujours aimé, et pour moi il quitterait Iseut la Blonde. Où est-il? Qu’en avez-vous fait? Lui, du moins, il me reconnaîtrait.

—Il vous reconnaîtrait? Vous dites folie; car, depuis que Tristan est parti, il reste là-bas, couché dans sa niche, et s’élance contre tout homme qui s’approche de lui. Brangien, amenez-le moi.»

Brangien l’amène.

«Viens çà, Husdent, dit Tristan; tu étais à moi, je te reprends.»

Quand Husdent entend sa voix, il fait voler sa laisse des mains de Brangien, court à son maître, se roule à ses pieds, lèche ses mains, aboie de joie.

«Husdent, s’écrie le fou, bénie soit, Husdent, la peine que j’ai mise à te nourrir! Tu m’as fait meilleur accueil que celle que j’aimais tant. Elle ne veut pas me reconnaître: reconnaîtra-t-elle seulement cet anneau qu’elle me donna jadis, avec des pleurs et des baisers, au jour de la séparation? Ce petit anneau de jaspe ne m’a guère quitté: souvent je lui ai demandé conseil dans mes tourments, souvent j’ai mouillé ce jaspe vert de mes larmes chaudes.»

Iseut a vu l’anneau. Elle ouvre ses bras tout grands:

«Me voici! Prends-moi, Tristan!»

Alors Tristan cessa de contrefaire sa voix: