On écouta Tolomas avec bienveillance; plus d'une allusion, quoique faite en latin, fut comprise et applaudie par l'élite de la société lyonnaise. On savait alors les classiques par coeur. Quand le père Tolomas parla d'un auteur

Cui nec est pater nec res,

chacun se rappela un vers d'Horace et pensa à la naissance de d'Alembert.

D'Alembert écrivit pour s'en plaindre à la Société royale de Lyon. Sa lettre est du 30 janvier 1755. Il s'étonne de son silence et attend une justice publique. Le secrétaire perpétuel de la Société répondit le 22 février 1755 que la Société n'avait pas entendu le discours de l'un de ses collègues, ni ne l'a examiné; que, prononcé au collège, ce qui s'y passe n'est pas de son ressort et que la seule satisfaction que la Société puisse lui donner est de lui assurer que sa lettre a été lue en assemblée générale, que l'académicien inculpé y était présent et a protesté de son innocence d'intention et de fait, puisque son discours ne contenait aucun trait qui puisse le regarder et qu'il offre, ce que la Société a accepté, d'écrire lui-même à M. d'Alembert.

Le père Béraud, savant astronome, correspondant de l'Académie des sciences, écrivit de Lyon le 21 février 1755 à M. d'Alembert pour lui assurer que la harangue du père Tolomas, qu'il a entendue, ne contenait aucune attaque personnelle contre lui.

Le père Tolomas lui-même, le 25 février 1755, écrivit à d'Alembert pour se plaindre des préventions qu'on lui a données. Il ne s'est permis aucune personnalité, il a dans son discours défendu les collèges avec modération, il l'a déposé entre les mains de M. le Prévôt des marchands de Lyon.

D'Alembert, dans une lettre du 17 mars 1755, adressée à M. Bourjelat, écuyer du roi (frère Bourjelat, comme il le nomme en parlant à Voltaire), persiste dans sa réclamation contre l'injure du père Tolomas, parce que, dit-il, la Société ne lui a pas rendu justice. Il n'a pas répondu à la réponse de son secrétaire parce qu'il se croit quitte désormais de tout envers elle. Il n'aurait pas cru qu'au XVIIIe siècle, dans une des premières villes de France, il pût y avoir une Société littéraire qui autorise chacun de ses membres à outrager de la manière la plus indigne un homme de lettres qui n'a jamais insulté qui que ce soit; il lui demande de rendre publique sa lettre à la Société, la réponse qu'il en a reçue, celle des deux jésuites et la présente. Il doit ce procédé aux dignes membres de la Société de Lyon qui, n'ayant pu lui faire rendre justice et ne voulant pas attester que la harangue qu'ils ont entendue ne contenait rien d'injurieux, ont pris le parti de se retirer.

Si ces lettres, comme le demande d'Alembert, ont été réunies et publiées en 1755, la brochure qui les contient est actuellement introuvable. Le discours manuscrit de Tolomas n'existe non plus ni dans les archives de la municipalité de Lyon, ni à la bibliothèque de la ville. Le dossier de l'affaire d'Alembert-Tolomas, à la bibliothèque de Lyon, contient 25 pièces. Nous en citerons deux seulement:

«Monsieur et cher confrère,

«Dans le moment que votre lettre, le mémoire y joint et les jettons qui m'ont surpris comme chose que je ne croyais pas avoir méritée dans les règles, M. Bourjelat était avec moi; il m'a fait part du silence affecté de M. de Malesherbes sur ce qui nous concerne; lui qui l'avait prévenu il y a quelques semaines, il lui a répondu aux autres articles les moins importants de ses lettres et a laissé celui-là. De plus, il m'a montré une lettre de M. d'Alembert qui lui mande que s'il avait eu l'honneur d'être de la Société royale de Lyon, il aurait eu celui de lui écrire pour le prier de rayer de la liste le nom de Tholomas ou le sien. Ce sont ses termes.