«Enfin il est constant et nous en avons des nouvelles certaines, le discours du père Tholomas a fait une grande sensation à Paris, et nous avons tout lieu de présumer qu'il nous fait perdre la protection de M. de Malesherbes et même celle de M. d'Argenson, protecteur de l'Encyclopédie. Au surplus, M. Bourjelat est toujours très disposé à nous aider de tous les bons offices qui seront en son pouvoir. Il a déjà tâché de remédier au premier effet que produit le programme envoyé à MMrs de l'Encyclopédie en protestant que le corps n'avait rien de commun dans cette affaire; il paraît néanmoins qu'on y fait entrer pour beaucoup notre Compagnie. J'aurais, sitôt qu'il me sera possible, l'honneur de conférer avec vous plus amplement sur cette affaire.
«GOIFFON.»
Goiffon dans une seconde lettre se montre beaucoup plus vif; il a pris son parti. C'est avec M. de Malesherbes qu'il veut se ménager, et la bienveillance de M. d'Argenson qu'il ne veut pas perdre. Il a d'ailleurs entendu la harangue et, toute réflexion faite, la trouve injurieuse; il prie en conséquence la Société d'accepter sa démission.
Cinq autres membres prirent le même parti. L'un d'eux est le célèbre Montucla, historien des mathématiques; il hésita longtemps, car sa lettre est du 5 juin 1755.
«Je suis extrêmement mortifié de n'avoir à vous écrire depuis que vous êtes secrétaire de la Société royale de Lyon que pour le sujet pour lequel je le fais aujourd'hui. Il m'aurait été doux de conserver davantage le titre de votre associé; mais mes liaisons avec M. d'Alembert et l'amitié dont il m'honore ne me permettent pas de me réputer davantage d'un corps dont il a de justes motifs de se plaindre. Je vous prie, monsieur, de lire ma lettre à l'Académie pour lui notifier la démission que je lui donne de ma qualité d'académicien.
«Votre très humble et très obéissant serviteur,
«MONTUCLA.»
Je dois au savant doyen de la Faculté catholique des sciences de Lyon,
M. Valson, un rapprochement curieux.
Voltaire était arrivé à Lyon le 15 novembre 1754, avec l'intention de s'y établir. La tradition rapporte même qu'il devait fixer sa résidence sur les bords de la Saône, près de l'île Barbe.
Deux Académies, réunies depuis, existaient alors à Lyon: l'Académie des sciences et belles-lettres et l'Académie des beaux-arts ou Société royale. Toutes deux étaient fort considérées, mais animées d'un esprit différent. La première, dont le membre le le plus connu, Fleurieu, était ami de Voltaire, favorisait les Encyclopédistes. La seconde, ayant pour directeur le célèbre architecte Soufflot et patronnée par l'archevêque de Lyon, le cardinal de Tencin, oncle de d'Alembert, avait des sympathies tout opposées. Très fière du titre de Société royale, elle s'arrogeait le premier rang. C'est à celle-là qu'appartenait Tolomas.