Montigny, mort en 1782, légua une rente de 600 livres, destinée à établir un prix annuel dont l’objet serait de quelque art dépendant de la chimie.

L’abbé Raynal enfin, célèbre, disent les programmes de 1790 à 1793, par ses ouvrages, par son patriotisme et par son zèle pour les droits et le bonheur des hommes, fit don à l’Académie d’une rente de 1,200 livres, pour fonder un prix dont le sujet était laissé à son choix.

L’Académie elle-même renonçant en 1777, sur la proposition de d’Alembert, aux honoraires alloués pour le jugement des prix, les consacra à fonder un prix d’histoire naturelle qui, sous le nom de prix de physique, devait être décerné tous les deux ans.

M. d’Alembert a lu l’écrit suivant:

«L’Académie nous ayant fait l’honneur de nous nommer commissaires du prix, MM. Cassini, Lemonnier, de Condorcet, l’abbé Bossut et moi, nous avons une proposition à lui faire que nous désirons fort de voir acceptée, parce qu’elle a pour objet le bien et le progrès des sciences.

«Les cinq commissaires du prix ont, comme on sait, un honoraire très-modique pour chacun d’eux, puisqu’il n’est que de 125 francs une année et de 175 francs l’autre; ces honoraires réunis forment en deux ans une somme de 1,500 francs; nous proposons de nous désister de ce très-modique honoraire et nous invitons nos confrères, qui sans doute penseront comme nous, à s’en désister de même pour l’avenir; il suffirait pour cela que chaque académicien voulût bien y renoncer dès ce moment, ou peut-être même qu’il n’y eût sur cet objet aucune réclamation, comme nous avons lieu de le croire. En ce cas, nous proposons d’employer tous les deux ans la somme de 1,500 francs, qui proviendrait de cette renonciation, à un prix de physique qui serait proposé par l’Académie. Nous disons à un prix de physique, parce que le sujet du prix annuel ordinaire étant presque toujours de mathématiques ou physico-mathématique, les classes de physique de l’Académie, c’est-à-dire les trois classes d’anatomie, de chimie et de botanique partageraient avec les classes de mathématiques l’avantage d’avoir aussi un sujet de prix à proposer qui pourrait aussi avoir pour objet ces différentes sciences.

«Un autre somme, qui est aussi de ’,500 francs en deux ans, est affectée au secrétariat de l’Académie par l’institution du prix. Cette somme a été accordée à M. de Fouchy, comme un dédommagement nécessaire des sacrifices qu’il a faits par sa retraite et comme la récompense très-juste de ses services.

«M. le marquis de Condorcet, secrétaire actuel, déclare qu’il renonce dès à présent au droit qu’il pourrait avoir un jour sur cette somme, qui servirait alors à augmenter ou doubler ce prix que nous proposons.»

Sans être aussi versé que Condorcet dans la théorie des probabilités, chacun pouvait comprendre que l’importance de sa renonciation dépendait de la vie probable du vieux Grand-Jean Fouchy, et il eût été de meilleur goût de ne pas provoquer aussi nettement à en faire le calcul.

Les propositions cependant furent adoptées à l’unanimité.