Craignant que l’exactitude vérifiée au retour ne résultât d’une compensation d’erreurs, il plaça sur son itinéraire un grand nombre de points dont la longitude bien connue devait fournir des vérifications. Comme il s’agissait d’éprouver les montres, non de s’en servir, elles furent placées dans le lieu le plus défavorable, c’est-à-dire le plus agité du navire. Les deux montres réalisèrent les promesses de Leroy; l’une d’elles, il est vrai, avait varié de 2′, 34″ dans les trente-cinq premiers jours, mais réglées de nouveau à Amsterdam, la première varia de 36″ seulement, et l’autre de 7″½ pendant quarante-huit jours de traversée. Elles furent jugées dignes du prix, et Leroy le reçut dans la séance publique de 1769.

Berthoud n’avait pas concouru, mais sur le rapport très-favorable des commissaires nommés par le ministre, il obtint une pension de 3,000 livres avec le titre d’horloger de la Marine et d’inspecteur de ses horloges.

L’Académie, malgré la perfection des pièces présentées par Leroy, ne regardait pas le problème comme définitivement résolu, et malgré les justes louanges qu’il lui accorda, son rapporteur l’engageait à mieux faire encore. La même question fut proposée en 1771 et le prix n’étant pas décerné fut doublé et remis à 1773. Cette fois, pour éprouver les montres présentées au concours, le ministre mit à la disposition de l’Académie une frégate commandée par M. de Verdun et sur laquelle Borda, lieutenant de vaisseau et membre lui-même de l’Académie, s’embarqua avec l’infatigable et dévoué Pingré.

Outre les montres des concurrents, les commissaires emportaient celles de Berthoud qui, tout en continuant à refuser le concours se prêtait loyalement à la comparaison.

On se rendit successivement sur la côte d’Afrique, aux Antilles, à Terre-Neuve, en Islande et en Danemark. La longitude fournie par les montres fut comparée à chaque station avec les résultats astronomiques les plus précis. Les montres de Leroy et celles de Berthoud justifièrent cette fois encore toute la réputation de leurs auteurs: malgré le froid de l’Islande, la chaleur de la côte d’Afrique et les agitations de la mer, on n’obtint qu’un demi-degré d’erreur en moyenne pour six semaines de traversée. Le prix fut une seconde fois décerné à Leroy.

Ces horloges n’étaient pas portatives, et c’était un grave inconvénient; souvent même les pièces les plus parfaites étaient gâtées pendant le transport au navire. L’Académie, toujours préoccupée des progrès de l’horlogerie, appela une fois encore sur ce sujet l’attention des savants et des artistes. Le dernier programme de prix, publié par elle en 1793, était ainsi conçu:

«Le prix sera décerné à la meilleure montre de poche propre à déterminer les longitudes en mer, en observant que les divisions indiquent les parties décimales du jour, le jour étant divisé en dix heures, l’heure en cent minutes, et la minute en cent secondes.»

Le prix devait être décerné en 1795, mais l’Académie n’existait plus alors et le concours se trouva annulé. La première classe de l’Institut l’ouvrit de nouveau et couronna le neveu de Berthoud.

M. de Meslay eut des imitateurs. Montyon d’abord, en cachant son nom qui devait être tant de fois répété depuis, fit don à l’Académie en 1779, d’une rente de 1,080 livres, pour récompenser chaque année un mémoire soutenu d’expériences tendant à simplifier les procédés de quelque art mécanique.