Le duc d’Orléans possédait un miroir convexe d’une grande puissance, c’est-à-dire une lentille, avec laquelle Homberg fit de nombreuses expériences.

L’or métallique, à la chaleur de ce miroir, ne tardait pas à se fondre et à se volatiliser, il croyait même le transformer en partie en un verre violet, fourni, sans doute, par la matière du vase dans lequel il opérait et contenant peut-être une petite quantité de silicate d’or. La chaleur du soleil lui semble de nature autre que celle de nos foyers. C’est, suivant lui, une matière simple, dont les parties sont infiniment plus petites que celles du feu ordinaire, et qui peut s’introduire dans les interstices où celui-ci ne peut pas entrer, et avec lequel il a une autre différence, c’est que l’air, étant plus pesant que la flamme, pousse celle-ci, selon les lois de l’équilibre des liqueurs, sans quoi la flamme n’aurait aucun mouvement, au lieu que le rayon du soleil est poussé par le soleil sans que l’air contribue en aucune manière à son action.

Les Mémoires de l’Académie contiennent de singulières idées de Homberg sur la nature de la chaleur. «On a demandé, dit-il, pourquoi le fond d’un bassin où l’eau bout n’est point chaud du côté du feu, au lieu qu’il serait chaud s’il n’y avait point d’eau: cela tient à ce que la matière de la lumière qui fait la chaleur a deux mouvements, l’un de tous côtés sphérique, qui lui est naturel, l’autre de bas en haut causé par la pesanteur de l’air; que, par le premier mouvement, elle pénètre et enfle les corps en tous sens, que, par le second, elle hérisse leur surface en un sens seulement, que, quand l’eau est dans un bassin sur le feu, elle réprime et arrête en partie le mouvement sphérique de la matière subtile et l’éteint jusqu’à un certain point, mais qu’elle n’empêche pas la direction de bas en haut et le hérissement de la surface, et que, par conséquent, la surface entourée demeure froide et par conséquent peu chaude.»

Ce passage, qui semble une parodie de la physique de Descartes, est un curieux spécimen des idées théoriques des hommes les plus éminents de l’époque.

Un autre mémoire de Homberg donnera une idée assez exacte des méthodes employées alors par les chimistes et de la nature des problèmes qu’ils cherchaient à résoudre.

«Il y a environ trente ans, dit-il, qu’une personne de considération me demanda avec beaucoup d’instances d’essayer si, de la matière fécale, je ne pourrais pas tirer une huile distillée, sans mauvaise odeur, qui fût claire et sans couleur comme de l’eau de fontaine, parce qu’elle en avait vu, comme elle le croyait, un effet surprenant, qui était de fixer le mercure commun en argent fin. On croit aisément ce que l’on voudrait qui fût vrai; aussi me laissai-je persuader sans beaucoup de peine d’entreprendre cette recherche et de travailler à un ouvrage qui devait nous enrichir tous deux. Pour ne pas travailler sur une matière ramassée au hasard et dont je ne connusse pas les ingrédients, j’ai loué, dit-il, quatre hommes robustes et en bonne santé; je les ai enfermés avec moi pendant trois mois en une maison qui avait un grand jardin pour les promener, et, pour être assuré qu’ils ne prissent autre nourriture que celle que je leur donnerais, j’étais convenu avec eux qu’ils ne mangeraient autre chose que du meilleur pain de Gonesse que je leur fournirais frais tous les jours, et qu’ils boiraient tant qu’ils voudraient du meilleur vin de Champagne.»

Homberg commença par dessécher la matière, qui se réduisit au dixième de son poids; mais, en la distillant dans une cornue de verre, à divers degrés de feu, il n’en tirait que de l’huile rouge ou noire, toujours puante, qui ne répondait nullement au désir de son associé.

Il cherche alors à séparer par la solution tout ce que la substance étudiée contient de matières grossières et terreuses; il la délaye à cet effet dans de l’eau chaude, puis, après avoir décanté et filtré en évaporant jusqu’à siccité, il obtient des cristaux bien déterminés, qui ressemblent à du salpêtre et fusent au feu en donnant une flamme rouge.

En distillant ce sel par degrés, il obtient une liqueur âcre et acide, suivie d’un peu d’huile rousse et fétide; celle qu’il fallait trouver était blanche et sans odeur; il abandonne encore cette marche pour recommencer à opérer sur la matière simplement desséchée au bain-marie, en y ajoutant ce qu’il nomme différents intermèdes, c’est-à-dire en la mêlant tantôt avec de la chaux vive ou éteinte, tantôt avec de l’alun, du colcothar, de la poudre de brique, etc., mais, au lieu d’huile blanche, qui était le but de son travail, il n’obtient cette fois encore que des huiles diversement colorées et conservant la même féteur.