«Il est étonnant de voir que les sciences, qui faisaient en France des progrès si rapides et qui pourraient contribuer d’une manière si efficace à la gloire et à la prépondérance de la République, soient sacrifiées à des opinions exagérées, sur le danger desquelles on s’éclairera plus tard. Nous sommes dans une position où il est également dangereux de faire quelque chose et de ne rien faire. Recevez, je vous prie, l’assurance de l’attachement que je vous ai voué pour longtemps.»
Serviteurs inutiles de la science, les académiciens dispersés cherchent la plupart une prudente retraite. Les uns, suspects d’incivisme, comme Borda, Lavoisier et Laplace, et jugés trop tièdes dans leur haine pour les rois, sont exclus pour ce motif de la commission des poids et mesures, tandis que d’autres, comme Berthollet, exposés peut-être à des épreuves plus périlleuses et plus rudes, conservent la confiance du Comité du salut public, sans jamais trahir, pour la ménager, la vérité, toujours loyalement dite et maintenue invariablement.
Quelques jours avant le 9 thermidor, un dépôt sableux est trouvé dans une barrique d’eau-de-vie destinée à l’armée; les fournisseurs, suspects d’empoisonnement, sont aussitôt arrêtés et l’échafaud déjà semble se dresser pour eux. Berthollet cependant examine l’eau-de-vie, et la déclare pure de tout mélange.
«Tu oses soutenir, lui dit Robespierre, que cette eau-de-vie ne contient pas de poison?» Pour toute réponse, Berthollet en avale un verre en disant: «Je n’en ai jamais tant bu!—Tu as bien du courage! s’écrie Robespierre.—J’en ai eu davantage quand j’ai signé mon rapport.» Et l’affaire n’eut pas d’autres suites.
L’Académie devait renaître sous un autre nom; la première classe de l’Institut fut composée de ses anciens membres dans lesquels, est-il besoin de le dire? il fallut combler bien des vides.
Lorsque, le 23 mai 1796, la compagnie restaurée vint pour la première fois proposer aux savants un sujet de prix, elle reproduisit purement et simplement le dernier programme de l’Académie des sciences, comme pour proclamer qu’en acceptant tout son héritage elle garderait toutes ses traditions.
FIN.