Sic vivite, ut digna estis, æternum, et date
Vestro poetæ nomen æternum simul.
Rivi, e nitidis vereque vivis fontibus
Qui defluunt, servare perpetuo solent
Cursus suos. Quid fonte vestro vividius?
«Paraissez enfin, doctes vers du docte Dolet; soyez à jamais dans toutes les mains, et passez du vieillard au jeune homme. Vous le méritez au plus haut point, entre toutes les œuvres des poëtes qui vivent actuellement, ou de ceux qui ont existé depuis le siècle de Virgile. Vivez comme vous êtes dignes de vivre, c’est-à-dire éternellement, et faites vivre de même le nom de votre poëte. D’ordinaire, les ruisseaux enfants d’une source vive ont un cours perpétuel; eh bien! quoi de plus vif que votre source?»
Le bon Macrin prophétisait juste. Rien n’a pu la tarir, cette source d’une généreuse pensée! Grossie plus tard par les mille affluents des nobles cœurs et des grandes intelligences, elle est devenue torrent, torrent irrésistible! Elle a entraîné le moyen âge, avec toutes ses barbaries féodales; elle a fait large place au dix-huitième siècle, à ce Nil fécondant de la civilisation moderne, qui, quoi qu’on en dise, a roulé tant d’idées et d’avenir dans ses flots profonds!
[97] «In lucem prodit, retardatus quidem diu multis et fortunæ et hominum injuriis; sed authoris constantia foras ita semper protrusus, ut contra omnem fortunæ hominumque invidiam jam tandem publico fruatur.» (Comment., t. II, Epist. ad Bud.)
«Il paraît enfin ce second volume des Commentaires, longtemps retardé par les mille injustices de la fortune et des hommes; mais la constance de l’auteur l’a toujours poussé en avant, hors de sa retraite, si bien qu’aujourd’hui, bravant cette double envie des hommes et de la fortune, le voilà en possession de son public.» (Comment., t. II, Lettre à Budé.)
[98] Aucuns l’en blâmèrent; mais son ami Claudin de Touraine (Claude Cottereau) approuva le grand heur de ce mariage, «lequel, dit-il, combien que plusieurs (peu congnoissantz ton esprit et jugement) ayent trouvé estrange, pource que par là cuydoient ta fortune (quant aux biens) estre troncquée ou pour le moyns retardée de beaucoup, je l’ay toutesfoys tousjours trouvé bon et louable... Ces raisons doncques sont apparentes, que non follement et sans jugement tu t’es marié, mais pour le plus hault bien... soit pour vivre entre les hommes sans reproche de paillardise, soit pour augmenter le bien litteral par tes labeurs assiduz.»