CHAPITRE XI.
Publications diverses. — Dolet grammairien, historien et traducteur.
Iusqu’a présent, on n’a guère pu apprécier, dans notre Estienne, que le poëte ou le prosateur latin. Il me reste à le faire connaître plus en détail comme écrivain français.
En 1540, il publia la Manière de bien traduire d’une langue en aultre; d’advantage, de la punctuation de la langue françoyse; plus, des accents d’ycelle, etc. Ces trois opuscules se rattachaient, dans la pensée de leur auteur, à un ouvrage d’ensemble intitulé l’Orateur françoys, et dont les traités suivants devaient faire partie: la Grammaire, l’Orthographe, les Accents, la Punctuation, la Pronuntiation, l’Origine d’aulcunes dictions, la Manière de bien traduire d’une langue en aultre, l’Art oratoire, et, en dernier lieu, l’Art poétique.
La Manière de bien traduire est dédiée par Estienne à Guillaume du Bellay-Langey, l’un de ses plus puissants protecteurs, par une épître en prose qu’il a fait précéder des paroles suivantes: Estienne Dolet à Monseigneur de Langey, humble salut, et recongnoissance de sa libéralité envers luy.
«Je n’ignore pas, lui dit-il ensuite, seigneur par gloire immortel, que plusieurs ne s’esbaïssent grandement de voir sortir de moy ce present œuvre: attendu que par le passé j’ay faict, et fais encores maintenant profession totalle de la langue latine. Mais à cecy je donne deux raisons: l’une, que mon affection est telle envers l’honneur de mon païs, que je veulx trouver tout moyen de l’illustrer, et ne le puis mieulx faire, que de celebrer sa langue, comme ont faict Grecs et Rommains la leur; l’aultre raison est, que non sans exemple de plusieurs je m’addonne à ceste exercitation.»
A commencer, en effet, par les écrivains de l’antiquité gréco-latine, ils n’ont jamais pris, pour rendre leur pensée, d’autre instrument que leur langue maternelle. Si quelques Latins ont étudié à fond la langue grecque, c’était, avant tout, dans le but de s’approprier directement «les arts et disciplines traictées par les autheurs d’ycelle».