Præstabimus nullo dolo.
«En quelque lieu que tu sois, Bacchus, viens, porte ici tes pas, et amène avec toi toutes les Charites. Les ennuis décamperont à l’aspect de ta sainte divinité; ils décamperont devant toi, ces ennuis si peu propices aux festins, si antipathiques aux assemblées de buveurs. Que le chant, les jeux, la danse, ébranlent la maison: au diable les visages sévères, les fronts lourds de gravité! Combattons avec cœur, en héros, le verre à la main. Vive la joie! c’est l’ordre du jour. Arrière les conseils prudents et sobres: qu’ici la folie soit reine, et que chacun se fonde dans une douce ivresse. A toi, Lyæus, joyeux père, à toi de nous procurer ce bonheur; viens nous échauffer de ta flamme puissante; viens, te dis-je, Lyæus, père des bons compagnons! Nous t’immolerons cent boucs, nous célébrerons en ton honneur les Bacchanales; tout ce que le vin, ta liqueur, enfante de génie, nous te le réservons sans fraude!»
Au dire de la Monnoye (dans son édition de Baillet, t. I, p. 372), «il ne paroît point par les œuvres de Dolet, qu’il ait sçu le grec. Ses prétendues versions de l’Hipparchus de Platon, et de l’Axiochus, ont été faites d’après les interprétations latines qu’il en avoit trouvées».
Maittaire, qui reproduit en note (vol. cité, p. 82) cette assertion du savant dijonnais, la combat au moyen d’un argument plus spécieux que solide, en invoquant l’autorité de La Croix du Maine et de Du Verdier, tous deux probablement versés dans la langue grecque.
«C’est pourquoi, dit Née de la Rochelle, je crois devoir le renforcer: 1o par cet aveu de Dolet, qui nous dit, dans une Epistre au peuple françoys imprimée avec sa Manière de bien traduire, que «la lecture des langues latine et grecque estoit son estude principale»; 2o par le privilége qui lui fut accordé par François Ier «pour l’impression des livres en lettres latines, grecques, italiennes et françoyses, qu’il auroit composez en ces langues, ou traduictz, deument reveuz, amendez, illustrez, annotez», etc.; 3o en affirmant qu’il lui auroit été impossible d’entendre et de traduire les ouvrages de Cicéron sans savoir la langue grecque, puisque cet orateur a fait un usage fréquent de mots grecs, ou composés par lui du grec, qu’il a inséré dans ses ouvrages un assez grand nombre de vers et de passages grecs, et qu’il en a traduit ou imité une plus grande quantité: ainsi Dolet auroit été arrêté à chaque ligne de sa traduction des Lettres familières et surtout des Tusculanes de Cicéron, où cet auteur traite de tant de matières curieuses et philosophiques; 4o en rétorquant l’argument qu’on pourroit tirer de ce qu’il n’a point imprimé de livres grecs, car je n’ai vu aucun ouvrage italien qui soit sorti de ses presses: pourroit-on nier cependant qu’il ait su cette langue, après un séjour de quatre ans et plus en Italie?»
A la suite du recueil des Poésies latines de Dolet, on trouve, comme je l’ai déjà dit, un certain nombre de vers grecs et latins, composés en son honneur par quelques-uns de ses amis. Honoré Veracius, entre autres, lui consacre deux petites pièces grecques, dont voici la première:
Kαλὸς γραμματικός, καλὸς ποιητής,
Eἴ τις νὴ Δία ἐστὶ νῦν Δόλητος,
Kαλὸς γραμματικός, καλὸς ποιητής.
Ἐσθλὸς ἱστορικός, γλυκύς τ’ ἀοιδός,