C’est ce même Orry que Rabelais a baptisé quelque part nostre maistre Doribus. Voici, sur l’interrogatoire que cet homme fit subir à Dolet, une épigramme contemporaine, digne assurément de sortir de l’oubli dans lequel la plupart des biographes mes prédécesseurs ont cru devoir la laisser[123].

Dolet, enquis sur les poincts de la foy,

Dist à Orry qui faisoit son enqueste:

«Ce que tu crois, certes! je ne le croy;

«Ce que je croy ne fut oncq en ta teste.»

Orry, pensant l’avoir prins, en feit feste;

Luy demanda: «Qu’est-ce que tu crois doncq?»

«Je croy, dist-il, que tu n’es qu’une beste;

«Et suys certain que tu ne le creus oncq.»

Revenons à Dolet. En présence de son bûcher qui s’élevait déjà, ou peu s’en fallait, le pauvre imprimeur s’adressa de rechef à la clémence royale; il protesta de toutes ses forces, «que, en tous et chascun les livres qu’il avoit composez et imprimez, tant de luy que après les aultres, et en ceulx ès quelz il avoit mis seulement les epistres liminaires, il n’avoit entendu ni entendoit qu’il y eust aulcune erreur ou chose mal sentant de la foy, et contre les commandements de Dieu et de nostre mère saincte Eglise... Et quant à ce qu’il avoit esté trouvé mangeant chair ès jours prohibez et deffenduz par l’Eglise, ce avoit esté par le conseil du medecin, à cause d’une longue maladie qu’il avoit, et par permission expresse de l’official et des ministres de saincte Eglise, ne entendant par cela aulcunement avoir scandalisé ne contempné les institutions d’ycelle, qu’il approuve et veult entièrement ensuivre comme filz d’obédience[124]».