N’enviez pas un de plus qui s’en va;

Au ciel ainsi mon Hercule arriva!»

C’était vraiment une magnifique idée, selon moi, que de comparer en ces termes l’Hercule de la pensée avec l’Hercule de la force; mais ce dernier me semble encore le moins admirable. L’Alcide moderne domptait des monstres bien plus dangereux: les préjugés! Il attaquait des tyrans bien plus terribles: l’ignorance et le despotisme!

Lui mort, on perd complètement la trace de son fils, Claude Dolet. «Ce jeune infortuné, dit avec émotion Née de la Rochelle (p. 63 et 64), excite la compassion et arrache des larmes. Victime innocente et plus à plaindre de la fureur des ennemis de Dolet, que devint-il après la mort de son malheureux père? Forcée par un préjugé qui existe encore, de cacher son malheur, sa mère lui chercha peut-être, loin de la ville qui le vit naître, un asile où ils pussent vivre ensemble, ignorés, tranquilles, et à couvert de la persécution des faux dévots et des défenseurs trop zélés de la religion catholique. Il est certain néanmoins que cet enfant, destiné à paroître avec éclat dans le monde littéraire, fut perdu pour lui, ou qu’il déroba tellement son nom à la curiosité du vulgaire, que personne n’a plus parlé de son existence, ni même de sa mort.»

Maittaire, le savant et laborieux auteur des Annales typographiques, termine en ces termes chaleureux, auxquels je m’associe de tout mon cœur, la notice pleine de conscience et de recherches qu’il a consacrée à notre Dolet:

«Jam tandem calamitosæ Stephani Doleti vitæ finem imposui: quo (si breve annorum spatium, magnam eruditionem, latinæ præsertim linguæ peritiam, operosos in re litteraria labores, crebras quas cum multis habuit concertationes, et plurima quæ a studiis animum subinde avocabant impedimenta, perpendamus) vix alius fuit fortunam magis aut secundam meritus, eut adversam expertus.»

«Enfin, j’arrive au bout de cette douloureuse carrière d’Estienne Dolet. Si l’on considère le court espace d’années qu’il a vécu, sa vaste érudition, son habileté, notamment dans la langue latine, ses pénibles travaux littéraires, ses fréquents démêlés avec une foule d’ennemis, en un mot, les mille obstacles qui, à chaque instant, détournaient son esprit de l’étude; peu d’hommes, on en conviendra, auront mérité plus de bonheur, et rencontré plus d’infortune!»

[138] V. Almeloveen (Amœnitates theologico-philologicæ, Amst., 1694), et Bayle (Dict. hist.), art. Dolet.

[139] Procès, p. 37.

[140] Florent Junius affirme qu’un homme qui assistait d’office à l’exécution, lui raconta toutes ces choses.