[141] De tout temps, en France, on s’est montré curieux des rapprochements dus au hasard. On a donc remarqué, à l’occasion du supplice de notre martyr, que la place Maubert était de la paroisse Saint-Etienne, que Dolet s’appelait Etienne, et qu’il fut brûlé le 3 août, jour de l’Invention de saint Etienne, son patron.
[142] Théodore de Bèze, qui avait fait imprimer cette pièce à Paris, en 1548, parmi le recueil des poésies latines de sa jeunesse (Juvenilia), la retrancha plus tard dans les éditions de 1567 et 1569, in-8o, et cela, dit-on, pour ne pas se mettre en mauvaise odeur auprès de ses coreligionnaires. La lâcheté humaine est de tous les temps!
CHAPITRE XVII.
Examen de ses opinions religieuses.
Longtemps on put appliquer à l’héroïque cicéronien ce qu’autrefois, par une sorte d’intuition personnelle et prophétique, il avait dit lui-même du malheureux Caturce, son devancier dans le martyre: «La flamme du bûcher a dévoré sa dépouille mortelle, mais celle de l’envie s’acharne encore après sa mémoire[143].» Catholiques et protestants, suivant la remarque de Maittaire[144], se déchaînèrent à l’envi contre l’infortuné Dolet; trouvant en cela, comme l’observe Bayle, un centre d’unité, les uns et les autres parurent enfin s’entendre pour le stigmatiser après sa mort du double surnom d’athée et de matérialiste. Déjà, au chapitre VI, [p. 94] du présent ouvrage, nous avons entendu Scaliger soutenir bravement, dans sa généreuse invective contre un adversaire qui ne pouvait plus lui répondre, que cette souillure d’impiété avait sali jusqu’au feu de la place Maubert!... A l’occasion d’un poëme historique de notre Estienne, intitulé, comme nous l’avons vu précédemment, Francisci Valesii Fata (les Destins de François de Valois), un certain Binet (Binetus), composa les deux distiques suivants:
Qui modo Francisci descripsit Fata Doletus,