Cujus censuram sit tibi dulce pati:
Posthæc nasutos contemnes denique nasos,
Atque canum rabiem, Zoïleasque notas.
«Jehan Voulté à son livre.
«Va, mon livre, fuis à Lyon sans moi; va, fuis dans cette ville, où, d’une main prompte, viendra t’accueillir ce fameux Gryphius, qui te soumettra, bientôt après, à la savante révision de Dolet. Qu’il te soit doux de passer à sa coupelle: car, une fois sorti de là, tu nargueras enfin la censure la plus rechignée, la rage des chiens de la critique, et les coups de griffe de messieurs les Zoïles.»
En 1535, Dolet sollicita le privilége pour l’impression de ses Commentaires; mais il eut toutes les peines du monde à l’obtenir. Il lui fallut, auparavant, triompher des préventions que ses ennemis avaient fait naître, en haut lieu, contre l’ouvrage et contre l’auteur; et son ami Vulteius éclata, dans cette circonstance, en plaintes énergiques au sujet de la jalousie dont ce pauvre Estienne avait failli se voir victime.
«Personne, disait Vulteius, personne, je crois, à parler avec franchise, n’est aussi hostile au nom français qu’un Français même. Maintes fois déjà cette expérience avait été faite; mais la voici renouvelée par Estienne Dolet, jeune Orléanais, qui, pour ne rien dire de plus, a glorieusement mérité de la langue latine, dès sa plus tendre adolescence. En fournissant le reste de sa carrière, quels progrès ne fera-t-il pas faire aux lettres, grâce au divin génie qu’il doit à la nature, grâce à sa colossale patience, en face de toute espèce de travaux, grâce enfin à l’ardeur généreuse qui le pousse à l’immortalité! Eh bien! ce flambeau scientifique de notre époque, cette gloire éternelle de la France, a dû sentir les plus acerbes morsures de l’envie. En effet, dès qu’il a voulu publier ses Commentaires sur la langue latine (quel ouvrage, et qu’on devait peu l’attendre d’un jeune homme! quel monument de travail et de goût!), dès qu’il a voulu, dis-je, mettre au jour ce vaste répertoire, afin de se rendre utile aux fidèles du beau langage romain, c’est parmi ceux dont il avait le droit d’espérer le fruit le plus abondant de son labeur, qu’il a reconnu ses adversaires les plus acharnés. Ah! maudites soient-elles à jamais, toutes ces pestes de la littérature! Elles veulent enténébrer le soleil levant de la science, et ne font alors qu’en rehausser l’éclat[77].»
Aussitôt après l’obtention de son privilége, Dolet revint à Lyon, dans le courant du mois d’avril 1536, pour veiller lui-même à la correction typographique du grand ouvrage. Il venait de le confier aux presses de Sébastien Gryphius, bien digne réellement de l’honorable préférence et de l’affection peu prodiguée du savant humaniste, autant par la probité germanique de son caractère que par ses talents supérieurs dans sa noble profession.
L’Index erratorum du premier volume des Commentaires ne contient que HUIT FAUTES pour 1708 colonnes in-folio. Que l’on juge, d’après cela, de la conscience avec laquelle travaillait Gryphius.
Ce n’était pas seulement par la correction du texte, mais encore par la beauté des caractères que les éditions gryphiennes se faisaient remarquer, à cet âge d’or de la typographie. Sous ce double rapport, l’enthousiaste Voulté n’hésite pas à mettre Gryphius au-dessus même de Robert Estienne et de Simon de Colines.