Un nom, pour eux, c’est tout: car c’est l’éternité!

L’animal seul méprise une aussi noble envie;

Pour lui, pour ses pareils, rien de mieux que la vie;

Mais pour nous... quel néant, sans la postérité!

Oh! oui, science et gloire! Ce double amour électrisa, d’un bout à l’autre, une existence à la fois si courte et si pleine. Autant notre Estienne aimait la gloire, comme prix de la science, autant il aimait la science comme instrument de la gloire. C’était chez lui, de même que chez le Claude Frollo du grand poëte moderne, «une véritable fièvre d’acquérir et de thésauriser en fait de science; il semblait au jeune homme que la vie avait un but unique: savoir![86]» On eût dit, en un mot, qu’il avait arboré la devise bénédictine, cette pathétique devise que je n’ai jamais pu répéter, pour mon compte, qu’avec des larmes d’admiration et d’envie:

Immorior studiis, et amore senesco sciendi!

«Je meurs sur l’étude, et la passion du savoir me fait vieillir.»

Ne l’accusez pas de fanatisme, vous qui ne croyez à rien. Je l’ai dit au début de cet ouvrage, et je le répète: le fanatisme est une vertu quand la religion est si belle! Moi, l’obscur néophyte qui écris ces lignes, je me mettrais à genoux devant de pareils hommes: ce sont les pères de la véritable église, de cette grande église du progrès, hors de laquelle il n’y a point de salut pour le genre humain.

Je me résume avant de passer outre.

Rival de la fière Emilie du vieux Corneille, qui, selon certain docteur dont nous parle Balzac[87], était possédée du démon de la république, le brave étudiant du seizième siècle était possédé du démon de la science. Mais ce n’était pas, nous le verrons bientôt, cette science inféconde qui n’apprend que des mots et n’invente que des systèmes; cette science pédantesque et mesquine, fille, dans une nature médiocre, de la patience et de l’amour-propre; cette science postiche, enfin (permettez-moi l’expression), qui, dans plus d’un esprit, se confond avec la science véritable.