« Mon irritation céda à un sentiment de pitié sans bornes.

— « Tout ce qui pouvait être fait… », bredouillai-je.

— « Ah ! J’avais foi en lui plus que quiconque au monde !… Plus que sa propre mère… Plus que lui-même. Il avait besoin de moi… Ah ! J’aurais jalousement recueilli le moindre de ses soupirs, ses moindres paroles, chacun de ses mouvements, chacun de ses regards. »

« Je sentis une main glacée sur ma poitrine. « Ne l’ai-je pas fait ?… » dis-je d’une voix étouffée.

— « Pardonnez-moi !… J’ai si longtemps pleuré en silence, en silence. Vous êtes demeuré avec lui, jusqu’au bout… Je songe à son isolement… Personne auprès de lui pour le comprendre, comme je l’aurais compris… Personne pour entendre…

— « Jusqu’au bout, fis-je d’un ton saccadé… J’ai entendu ses derniers mots… » Je m’arrêtai, saisi.

— « Répétez-les, murmura-t-elle d’un ton accablé. Je veux, je veux avoir quelque chose avec quoi je puisse vivre… »

« Je fus sur le point de lui crier : « Mais ne les entendez-vous pas ? » L’obscurité autour de nous ne cessait de les répéter dans un chuchotement persistant, dans un chuchotement qui semblait s’enfler de façon menaçante, comme le premier bruissement du vent qui se lève : « L’horreur ! L’horreur !… »

— « Son dernier mot : que j’en puisse vivre !… » reprit-elle. « Ne comprenez-vous donc pas que je l’aimais, je l’aimais, je l’aimais ! »

« Je me ressaisis et parlant lentement :