— « Qu’est-ce qu’il y a ? Voyons qu’est-ce qu’il y a ? » glapit Jukes avec impatience. Que diable ce maître d’équipage à la manque venait-il faire sur la passerelle ? Le typhon tendait les nerfs de Jukes. L’autre cependant poussait de bizarres beuglements, assurément inintelligibles, mais qui semblaient dénoter un état de satisfaction, d’enjouement même… On ne pouvait pas s’y tromper ; ce vieil imbécile avait trouvé matière à contentement quelque part.
Mais le ton des beuglements changea après que l’autre main du maître d’équipage eut rencontré un second corps.
— « C’est-il vous, capitaine ? C’est-il vous ? », entendit-on dans la tourmente.
— « Oui ! », hurla le capitaine Mac Whirr.
IV
Parmi les vociférations du maître d’équipage, Mac Whirr ne parvenait à distinguer que cet avertissement bizarre : « Tous les Chinois de l’entrepont d’avant sont démarrés. »
Jukes qui se trouvait sous le vent pouvait entendre les deux interlocuteurs crier à six pouces de son visage, comme on peut entendre par une nuit calme deux paysans converser d’un bout à l’autre d’un champ.
— « Quoi ?… Quoi ?… » hurlait le capitaine exaspéré. Et l’autre d’une voix aiguë et rauque :
— « En bloc… vu moi-même… affreux spectacle… vous avertir… capitaine. »
Jukes demeurait indifférent, insensibilisé, l’on eût dit, par la violence du cyclone, conscient uniquement de l’inanité de tout effort, de tout geste. Il tenait pour absorbante suffisamment l’occupation de préserver, de cuirasser son cœur tout gonflé de jeunesse, et éprouvait une répugnance invincible en face de toute autre forme d’activité. Ce n’était pas de l’épouvante, il le reconnaissait à ceci que, tout persuadé de ne plus voir la prochaine aube, cette idée pourtant le laissait très calme.