— « N’entrez donc pas là-dedans. »

L’entrepont tout entier semblait pivoter sur lui-même. Le navire, sans s’arrêter de sauter, s’éleva sur une lame, et Jukes crut que tous ces hommes, en une seule masse, allaient lui retomber sur la poitrine. Il sortit à reculons, referma la porte et poussa le verrou d’une main tremblante…


Aussitôt après le départ de son second, le capitaine Mac Whirr laissé seul sur la passerelle, s’en était allé, zigzaguant et trébuchant jusqu’à la timonerie. La porte s’ouvrant à l’extérieur, il dut livrer combat au vent pour la tirer à lui ; la porte claqua derrière lui ; on eût dit qu’un coup de fusil l’avait projeté dans la pièce au travers de la boiserie. Il se retrouva soudain de l’autre côté, se retenant à la poignée.

Le servo-moteur perdait de la vapeur, et un brouillard léger emplissait l’exiguité de la chambre où le verre de l’habitacle formait un ovale de lumière. Le vent hurlait, chantait, sifflait ou grondait en rafales soudaines qui secouaient les portes et les volets sous la mauvaise averse des embruns.

Deux glènes de ligne de sonde et un petit sac de toile balancés au bout d’un long cordage, tantôt s’écartaient de la cloison par un mouvement de pendule, puis revenaient s’y appliquer. Le caillebotis était presque à flot ; à chaque gros coup de mer, l’eau jaillissait violemment à travers les fentes sur les côtés de la porte ; l’homme de barre, avait jeté bas son béret, sa vareuse, et se tenait debout, arc-bouté contre le carter. Le petit volant de cuivre avait, dans ses mains, l’apparence d’un joujou brillant et fragile. Sa chemise de coton rayée ouverte sur la poitrine, les muscles de son cou saillaient durs et maigres, une tache noire s’étalait au creux de sa gorge, et son visage était calme, creusé comme celui d’un mort.

Le capitaine Mac Whirr s’essuya les yeux. La lame qui avait failli l’emporter par dessus bord avait, à son grand ennui, arraché son suroît de sa tête chauve ; ses cheveux blonds soyeux assombris par l’eau et plaqués, pendaient en frange autour de son crâne nu, semblables à de misérables écheveaux de coton sale. Avec son visage lavé, empourpré par le vent et les morsures des embruns, il avait l’air de sortir en sueur d’une fournaise.

— « Ah ! vous voilà ? » grommela-t-il lourdement.

Le lieutenant était arrivé à se glisser dans la timonerie quelques instants auparavant. Il s’était installé dans un coin, les genoux relevés, les poings aux tempes ; cette attitude respirait la rage, le chagrin, la résignation, l’abattement, et une espèce de rancune concentrée.

Il répondit lugubre et défiant :