Et ce fut tout.
— « Capitaine ! » appela Jukes. Il n’y eut pas de réponse.
Il s’éloigna en chancelant comme un blessé quitte le champ de bataille. Il s’était entaillé le front au-dessus du sourcil gauche, il ne savait quand, ni où — entaillé jusqu’à l’os. Il ne s’en apercevait même pas : une dose de mer de Chine suffisante à lui rompre le cou, en lui dégringolant sur la tête avait bien et dûment lavé, nettoyé, salé sa blessure ; elle ne saignait pas, mais bâillait toute cramoisie : avec cette balafre au-dessus de l’œil, ses cheveux ébouriffés, le désordre de ses vêtements, il avait l’air de s’être fait descendre à un match de boxe.
— « Faut aller ramasser les dollars ! » cria-t-il vers M. Rout, en souriant pitoyablement dans le vague.
— Vous dites ?… » dit M. Rout furieusement. « Ramasser ?… A d’autres ! » Puis, frémissant de tous ses muscles, mais exagérant son ton paternel : « Allez-vous-en, maintenant, pour l’amour de Dieu ! Vous autres officiers de pont vous finiriez par me rendre idiot. Il y a le premier lieutenant là-haut qui s’est jeté sur le vieux. Vous ne le saviez pas ? Vous perdez la boule, vous autres, qui n’avez rien à faire… »
Ces mots éveillèrent un commencement de colère en Jukes. Rien à faire — vraiment !… Empli d’un violent mépris pour le chef, il repartit par où il était venu.
Dans la chaufferie, le petit homme joufflu de la machine auxiliaire, jouait de la pelle, péniblement, aussi muet que si on lui eût coupé la langue. Le second, par contre, se démenait bruyamment comme un fou loquace et auquel aucune circonstance adverse ne fera jamais rien perdre de son bagout.
— « Vous voilà ! officier vagabond ! Hein ! Vous ne pourriez pas faire descendre un de vos empotés pour hisser les escarbilles ? Elles finissent par nous étouffer ici. Malédiction ! Dites donc ! Hein ! Vous vous rappelez le code : « matelots et chauffeurs sont tenus de s’entr’aider. » Hein ! Vous entendez ? »
Et tandis que Jukes remontait précipitamment, l’autre continuait encore, la face levée vers lui :
— « Pourriez pas me répondre ? Qu’est-ce que vous venez fourrer votre nez par ici ? De quoi vous mêlez-vous ? »