J'ai toujours dit qu'il avait eu raison de se fâcher, car enfin on ne casse pas aussi cavalièrement une glace d'un tel calibre, et surtout, il faut avoir plus de respect pour les lorgnettes, mais là où je blâmai mon maître, ce fut quand il me traita de stupid Frenchman,—qui veut dire: Français stupide.

Mes instincts de guerrier se réveillent à cette apostrophe. Secouant les débris de verre qui m'écrasaient, je monte tout de suite à l'assaut du Juif.

Il hurla comme un mécréant, et, effrayé, je me sauvai.

Encore une fois malheureux!

O divinité impitoyable! que vous ai-je fait pour me forcer à démolir ainsi un Juif insolent, quoique vendeur de lorgnettes?

En marchant au hasard dans la rue Mackenzie, je lus sur une enseigne: French hotel. Voilà mon affaire! m'écriai-je et j'entrai.

Une foule nombreuse encombrait les salles, et je compris bientôt que l'on y embauchait des travailleur pour un chemin de fer, au Texas.

Voilà de plus en plus mon affaire, et je me présentai.

Mes mains encore blanches et ma figure imberbe attirèrent l'attention de l'agent, qui refusa net de m'engager.

J'insistai avec énergie, promettant de me rendre utile pour toutes sortes de travaux, surtout pour la comptabilité.