Ceci ouvrit des horizons au patron, qui me promit tout de suite monts et merveilles dans divers emplois de comptable.
Le départ ne devait pas avoir lieu avant une quinzaine de jours. Il fallait employer le temps, et je me dirigeai vers la campagne, me rappelant les pérégrinations de Jean-Jacques.
J'avais fait douze ou quinze milles, quand j'eus l'idée de me reposer auprès d'un immense champ, où l'on arrachait des pommes de terre.
N'allons pas croire que quinze milles étaient une course longue au point de m'épuiser. Non, mon jarret était digne d'une sérieuse promenade; mais ce qui m'engageait à regarder le champ de pommes de terre, c'était ma plus grande ennemie depuis quelque temps, la faim.
Toujours cette maudite compagne qui ne me quittait plus un instant.
J'essayais bien un peu de me moquer de ses exigences, mais le souvenir du tombereau à charbon me rendait prudent: je ne m'y frottais pas trop.
Toujours est-il que ce champ de légumes attira mon attention et éveilla mes convoitises.
Je m'approche, on m'embauche, et me voilà courbé dans les sillons, extrayant de magnifiques tubercules.
Si Angèle m'avait vu dans cet état! Voilà pourtant où peut conduire l'amour.
Oui, si le père d'Angèle ne m'avait pas bourré de qualificatifs peu attrayants, je serais encore auprès de ma belle.