Je mangeais au moins, chez ce patron-là, et, le soir, je trouvais un grenier où reposer ma tête. Puis la patronne m'aimait bien. Et où es-tu, costume jaune complet, que cette bonne dame avait commandé exprès pour moi!…
Puis enfin, si ce maudit Juif n'avait pas trouvé mauvaise ma chute à travers sa vitrine, je serais encore à tailler des verres de lorgnons chez lui.
Ces réflexions ne m'empêchaient pas cependant de chercher avec ardeur au fond de la terre les légumes de mon nouveau patron.
Dix longs jours se passèrent avec cette besogne, et enfin je pus m'embarquer pour le Texas.
Le voyage fut assez long, et, après d'émouvantes péripéties, trop compliquées pour être racontées ici, nous touchâmes à Nocodotches.
On nous conduisit par escouades sur les chantiers, et le foreman me présenta une hache en guise de plume. Je l'acceptai bravement, devant l'impossibilité de faire autrement.
Au bout de quelques jours, mes mains étaient devenues admirables d'ampoules, et mes cheveux longs, complètement imprégnés de résine.
Je commençais à m'habituer très-bien à ce nouveau genre d'exercices, quand la fièvre intermittente entra en scène.
Je fus dirigé sur une ville voisine et admis comme vagabond dans l'hôpital de l'endroit.
A ma sortie, un Français, marchand de liqueurs, me prit en pitié, et me confia d'importantes fonctions dans son commerce: j'étais aide d'un nègre qui conduisait une charrette de roulage.