Je passais la journée à charger la voiture de tonneaux de vin et de whisky, et, le soir, je trouvais une bonne écurie pour me coucher.

Dans mon voisinage immédiat logeaient les deux mulets qu'on attelait le jour, et, malgré les rats qui m'agaçait fort, je dois rendre justice à cette écurie: j'y trouvai de bonnes nuits d'un sommeil réparateur.

D'ailleurs, un homme qui bouscule une centaine de tonneaux par jour se trouve généralement dans un état propice pour se livrer au sommeil.

Le matin, une bonne vieille négresse, domestique du marchand de liqueurs, me donnait en cachette un grand bol de café au lait, dans lequel trempaient de gros morceaux de pain.

J'étais devenu très-gras à ce traitement, et mon ambition tendait déjà à me faire désirer de devenir conducteur en chef de la voiture à laquelle j'étais attaché comme aide, quand la fièvre se mit de nouveau de la partie.

Cette fois, j'eus l'honneur de l'hôpital militaire.

Les intermittences de la maladie me laissaient les loisirs de faire valoir mes aptitudes de calligraphe, et le docteur, un noir mexicain, se servait de moi comme secrétaire.

Je lui rendis de tels services qu'il m'offrit de me prendre dans sa suite, et, pour cela, il me conseilla de m'engager.

Je consentis.

Enfin, j'étais au comble de mes voeux. Le noble uniforme militaire m'avait toujours souri.