On pourrait affirmer, sans paradoxe, que tout animal, homme ou bête, est au même degré pourvu de l'instinct de la préservation de la mort.
Chez la brute, le courage est équivalent à la force dont elle dispose: un petit est fort avec le petit, mais se soumet au grand. La brute attaque celui qu'elle sait vaincre, mais elle ne le ferait pas si elle croyait succomber dans la lutte. On peut donc ajouter que le courage chez elle est aussi basé sur l'ignorance du danger.
L'homme grossier ressemble quelque peu à la brute; l'homme bien né, fier, intelligent, éprouve les mêmes craintes que le premier en face du danger, et il s'y déroberait, si sa volonté ferme et audacieuse n'imposait des lois à son physique.
Les deux plus puissants sentiments humains, la vanité et l'orgueil, aidés de l'habitude du danger, constituent le courage chez tous. Ces trois passions poussent l'homme à affronter des périls où il sait succomber, périls que ses instincts animaux lui conseillent de fuir.
Une grande erreur est d'accuser de lâcheté un conscrit qui blêmit au feu, et un grand tort, c'est aussi de blâmer le vieux brave quand il salue la balle. L'un et l'autre obéissent aux nerfs, qui seront bientôt domptés par l'énergie de la volonté.
Celui qui se vante de n'avoir jamais eu peur est un fanfaron inoffensif ou une brute privée de tout sentiment humain.
La bravoure jaillit d'un acte spontané, inattendu, tandis que le courage naît du raisonnement. Mais la psychologie est importune ici.
Ces quelques réflexions expliquent suffisamment les émotions qui m'agitaient, lorsque, embusqué derrière une plante d'alfa, j'attendais, anxieux, le dénoûment des choses.
Hélas! tant il est vrai que tout est illusion dans la vie!
Les montagnes voisines étaient merveilleusement répercutantes, et les bruits reçus par elles se répandaient, répétés mille fois par leurs échos prodigues.