Je fais jouer la batterie de mon arme pour m'assurer de son fonctionnement, et, voyant que les charges sont complètes, je me défile le plus possible.

Ma fois, tant pis, dussé-je en souffrir dans ma vanité de vieux soldat, j'avouerai que j'avais alors une peur franche et terrible. Le coeur me frappait la poitrine à la briser, et mes nerfs ébranlés me causaient des claquements de dents.

Cependant, du désordre de sentiments tumultueux que me bouleversent, se dégage une résolution nette et ferme: me défendre vigoureusement. Eh bien! oui, morbleu, j'ai peur surtout d'avoir peur, mais qu'ils y viennent donc!

Un homme ne sait jamais ce qu'il éprouvera ou ce qu'il fera au moment d'un danger véritable, si les circonstances lui refusent les épreuves réelles.

Le premier sentiment qui anime la plupart des hommes aux cris de: Aux armes! s'annonce chez eux par un arrêt brusque de la respiration, une précipitation des battements de coeur et une immense crainte vague qui leur fait toujours exagérer un danger inconnu.

Quoi de plus terrible, pour une poignée d'hommes perdus dans le désert et qui se savent entourés de milliers d'ennemis, que d'être réveillés la nuit par des cris sinistres et des coups de feu!

L'idée du petit nombre de la défense les frappe brutalement; l'incertitude sur les forces ennemies leur remplit l'âme d'une terreur indicible.

L'instinct seul de la conservation de l'animal guide l'homme aux faisceaux, et machinalement il arme son fusil.

Ces sensations n'ont cependant qu'une durée éphémère chez le soldat, et bien vite le courage, ramené par la fierté et la volonté, remplace chez lui tout autre sentiment: il est prêt pour le combat.

Le courage, que l'on ne devra jamais confondre avec la bravoure, n'est pas inné chez l'homme. Je m'autorise à soutenir cette vérité qui frise l'axiome.