Je me lève précipitamment, sans prendre le temps de mettre mes guêtres, et, donnant l'éveil au camp, je ma lance, au pas de course, le revolver au poing, dans la direction indiquée par les détonations.

Notre petit camp, composé de 125 hommes d'infanterie et de 10 cavaliers, formait quatre faces, d'une section chacune, et chaque face se gardait, à six cents mètres en avant d'elle, par un petit poste de quatre hommes.

J'avais à peine fait trois cents mètres que de nouveaux coups de feu se font entendre au même endroit, et bientôt des cris de: Arahaou! Arahaou!—cris de guerre ou de charge des Arabes,—se succèdent avec rapidité. Des bruits alarmants de chevaux, galopant à droite et à gauche ne me laissent bientôt plus de doute sur l'éventualité d'une attaque nocturne.

Je me surprends à regretter quelque peu de m'être ainsi aventuré seul dans une pareille reconnaissance.

Ces bruits de galop, reproduits et multipliés par les montagnes de Ras-el-Ma, semblent provenir d'une centaine de cavaliers. Mon imagination surexcitée me porte à exagérer encore le nombre.

Mes pensées deviennent sombres.

D'un coté, si l'ennemi passe près de moi sans me voir pour attaquer le camp, je suis certain d'essuyer le feu de ma compagnie, qui ne manquera pas de tirer sur l'assaillant; ensuite, si le petit poste est entouré, il en fera autant, et dans quelle alternative me trouverai-je: pris entre deux feux amis et avoir en outre à me défendre contre un ennemi nombreux!

Ma décision est vite arrêtée, car j'entends la charge qui m'arrive comme la foudre. Le sol gronde sourdement sous mes pieds.

J'avise une forte touffe d'alfa, et je m'écrase derrière et j'attends l'assaillant.

—Si les cavaliers me dépassent sans me fouler aux pieds de leurs chevaux, je suis sauvé et je rejoins ma compagnie par un détour, ou je renforce le petit poste. Les événements me guideront alors. Si, au contraire, je suis pris, eh bien! les six coups de mon revolver diront quelque chose.