Nous marchions avec précaution cependant, car, avec les Arabes qui excellent dans les surprises, il faut toujours redoubler de vigilance, soit en route, soit en station.
Les deux premiers jours se passèrent sans incidents, mais le soir du second jour, nous eûmes une alerte sérieuse qui tint le camp en éveil toute la nuit. Plusieurs coups de feu, provenant des factionnaires avancés, avaient attiré l'attention.
Ces sentinelles, pensait-on, s'attaquaient à des maraudeurs, qui habituellement suivent une colonne en route.
Cependant, l'avenir devait nous apprendre que ces prétendus maraudeurs étaient des éclaireurs de l'ennemi, qui nous attendait sur le terrain.
Comme les factionnaires qui avaient fait feu sur notre front de bandière appartenaient à ma compagnie, je me rendis sur les lieux, et, n'ayant rien constaté de nouveau, je rentrai au camp pour rendre compte de ma mission.
Cette alarme ne me causa aucune émotion, mais il n'en avait pas été de même, la première fois que l'occasion de crier aux armes s'était présentée dans les débuts de notre colonne.
Après trois mois de campagne, le 27 juillet 1881, nos troupes étaient établies dans la plaine de Ras-el-Ma.
Des émissaires nous apprennent que l'ennemi doit tenter de se jeter dans le Tell, en passant entre Saïda et Daya.
Notre compagnie reçoit l'ordre d'aller à quinze milles en avant, pour surveiller les passes de la montagne. Cette compagnie devait rester de service pendant quatre jours.
Le troisième jour du tour de ma compagnie, j'étais en train d'écrire, quand, à minuit, plusieurs coups de feu, suivis bientôt de cris: Aux armes! retentissent à l'ouest.