Adieu donc, cher lecteur, et priez pour moi!

Je laisse le ton rieur et peut-être narquois que je crois prendre dans mes écrits, pour me laisser quelque peu aller à la tristesse et vous dire encore: Adieu! adieu!

XXIII

COMBAT DU SCHOTT TIGRI

Je suis sain et sauf, et j'en suis rudement content.

J'avouerai que ce n'est pas sans peine, car, sur 150 hommes et 3 officiers dont se composait ma compagnie, le capitaine, le lieutenant et 40 hommes ont été tués, et le sous-lieutenant et 38 hommes, blessés. On comprendra, à la suite d'une hécatombe pareille, qu'il est permis à un homme, quoique soldat, d'être triste.

Hélas! Comme Figaro, je me suis hâté de rire de tout, mais je vois qu'il faut cependant quelquefois pleurer.

Au moment où j'écris ces lignes, le télégraphe aura appris au monde entier cette horrible catastrophe, sur laquelle je puis, comme acteur et témoin oculaire, donner ici quelques détails.

Je crois avoir dit, dans un chapitre précédent, que ma compagnie, 1ère du 3e bataillon, avait été désignée pour aller ravitailler une mission topographique, au delà du schott Tigri. Il nous fut adjoint une compagnie du 4e bataillon, et, à cinq heures du matin, le 7 mai, nous nous mettions en route pour exécuter les ordres reçus.

Nos espions nous avaient bien appris que les insurgés étaient aux environs du schott Tigri, mais, depuis un an que nous étions en campagne, pareil avis nous avait été donné tant de fois sans résultat, que nous attachions très-peu d'importance à ces nouvelles.