Je place quelques factionnaires sur les flancs pour éviter les surprises, et nous attendons le jour.

Défense nous avait été faite de faire feu, afin de ne pas trahir notre présence. Nous devions nous servir de la baïonnette en cas de tentative de l'ennemi de se porter sur le camp.

La nuit est très-sombre, et vers deux heures du matin, une pluie torrentielle, accompagnée de tonnerre et d'éclairs, vient nous rendre visite.

L'ennemi, embusqué sur les hauteurs, continue, sur nous et sur le camp, son feu rendu inoffensif par la distance et l'incertitude du but à atteindre. Cette tiraillerie cependant nous énerve à l'extrême.

Les hommes, la tête couverte de leurs toiles de tente, la main crispée sur leurs armes, sont couchés dans la tranchée, trempés jusqu'aux os.

La température s'est beaucoup refroidie, et bientôt des frissons intenses s'emparent de tous.

Les factionnaires anxieux interrogent la direction de l'ennemi.

Un silence parfait règne chez nous, et malgré les éclairs qui auraient pu faire découvrir notre position, l'ennemi ne sait où nous prendre.

Quelques projectiles, lancés au hasard, nous frisent parfois les oreilles, mais personne n'est touché. A chaque sifflement de balle, j'entends des jurons étouffés et des bruits de mouvement violemment réprimés.

Une seule passion, la rage, agite tout le monde.