J'ai dit que vingt-cinq hommes montés, de la section franche, formaient l'arrière garde.
Au premier bruit du combat, ils s'étaient tous portés au secours des camarades.
D'un coup d'oeil, ils se rendent tout de suite compte de notre position désespérée. Ils n'hésitent pas un instant cependant, et, quoique très-inférieurs en nombre, il se lancent à fond de train dans le plus fort de la mêlée.
En une minute ils sont culbutés et bientôt dispersés. Le sergent, emporté par son cheval, tombe au milieu d'un groupe ennemi. Au moment où il file comme le vent, un cavalier arabe le croise, et, l'accrochant par la bouche avec sa matraque, l'attire à lui et le couche en travers de sa selle.
Une lutte s'engage, mais l'Arabe a bientôt l'avantage, et un coup de pistolet à raison du sergent.
Son corps inerte se balance quelques instants aux flancs du cheval emporté, et, paquet sanglant, il tombe enfin comme une masse sur le sable rougi de sang.
Je me rappellerai longtemps le regard de ce malheureux, au moment où il sentit le crochet de l'arme de son ennemi s'enfoncer dans ses chairs.
Je dirai ici que les Arabes sont porteurs de plusieurs espèces d'armes. Outre le fusil, le sabre et le couteau, tous sont armés d'un énorme bâton de chêne appelé matraque, dont une extrémité est garnie d'un croc solide. Ils se servent de cette dernière arme pour accrocher leurs adversaires et les jeter à bas de leurs chevaux.
Le lieutenant de ma compagnie, qui commandait la fraction de la section franche à l'arrière-garde, reçut une des premières balles ennemies au moment où il se portait au secours du gros de la colonne. Nous fûmes assez heureux de pouvoir dégager son corps, mais il n'en fut pas de même pour tous: beaucoup restèrent au pouvoir de l'ennemi.
Je crois que ces quelques lignes donneront une bien faible idée de l'horreur des pensées que m'assiègent pendant la nuit qui suit le combat.