J'attendais qu'elle m'adressât la parole. Après quelques banalités de sa part, suivies d'un mutisme complet chez moi, des signes d'impatience tourmentaient son visage, et je prenais congé d'elle.
Je dois dire que mon manque de hardiesse était quelque peu entaché de peur.
M… était un terrible. Chaque fois qu'il s'absentait, il avait pour mission d'arrêter quelques desperadoes, reliquats de la guerre de Sécession qui, à cette époque, infestaient encore le Texas. Il réussissait presque toujours à les prendre ou à les tuer. C'est assez dire que M… était un vrai dur à cuire.
Aussi je craignais continuellement de voir surgir sa face pâle et ses moustaches en brosse, dans l'encadrement d'une porte quelconque, chaque fois que sa femme me retenait chez elle pour des futilités.
Le revolver de ce gars-là ne manquait jamais son homme, et qu'aurais-je fait, moi, misérable bambin de dix-sept ans, en face de ce terrible lutteur?
Un soir, décidée à me vaincre, madame M… me fait appeler.
Assise à sa toilette, souriant à sa glace, elle tresse nonchalamment sa belle chevelure: ses épaules nues, d'une blancheur de neige, laissent courir un fin réseau de veines bleues, où bouillonne un sang ému. Sa bouche, rouge et sanguine, palpite dans des enroulements voluptueux.
Ses yeux m'accueillent avec une caresse au moment où, respectueux, j'apparais, rougissant devant elle. Une légère contraction de ses sourcils annonce une volonté bien arrêtée d'arriver à un résultat.
—Vous ne me paraissez pas être de la classe des hommes qui généralement s'engagent dans l'armée américaine?
—Madame, vous me faites beaucoup d'honneur.