C'est à la suite d'un: Home, sweet home! délirant, joué dans des circonstances pareilles, que le lieutenant M… tombait comme une bombe chez moi, la louange au lèvres.
Il était fort, et appréciant ma faiblesse, il me donna des leçons.
Je faisais aussi beaucoup de travaux de copiste pour cet officier. Ces écritures et mes leçons de flûte m'amenaient souvent chez lui. Ce fut pour mon malheur.
Le lieutenant M… avait cinquante ans; sa femme, vingt. Elle était brune, vive, alerte, sémillante, pleine de vie et de feu. Ses grands yeux noirs me faisaient frissonner quand ils rencontraient mes regards timides.
Conséquence naturelle, je devins éperdument amoureux de madame M… Elle s'en aperçut bien vite, en souriant.
Elle s'attendait peut-être à quelques démonstrations décisives de ma part; mais, malgré mon expérience des choses de l'amour avec ma céleste Angèle, malgré mon uniforme de guerrier qui aurait dû me donner de la hardiesse, j'étais toujours d'une apathie distinguée.
Hélas! la nature est plus forte que les désirs. Un timide vivra, rougira, fera des bévues, mourra, et cela, toujours dans la peau d'un timide.
En voyant madame M… mes yeux cherchaient des recoins sombres pour y cacher leurs feux, mon visage devenant tout bêtement rouge.
Coquette comme toutes les jolies femmes, madame M… suivait, amusée les différentes phases de ma passion. Elle me lisait comme un thermomètre, et il faut croire qu'elle prenait goût à cette lecture graduée, car souvent, en l'absence de son mari, elle me faisait appeler pour des raisons futiles.
Elle me recevait dans le négligé le plus voulu possible; ses longs cheveux flottaient sur ses épaules, une dentelle légère laissant entrevoir la peau blanche de son cou. Elle me souriait, m'encourageant à parler.