Je n'en persistai pas moins cependant à cultiver l'art du dieu Pan avec une ardeur légitime et, à mon retour au Canada, ma flûte contribua à me poser dans le grand monde.
C'est elle qui fut la cause de ma liaison avec P…, mon collègue en musique. On se souviendra du dénoûment désastreux de cette amitié, qui m'apporta une chute spéciale sur le trottoir en face de la maison de mon ami.
Pendant ma vie militaire au Manitoba, ma flûte fit prime; mais à Paris, je me trouvai dans une infériorité marquée.
Un jour, au Palais-Royal, la petite flûte de la garde républicaine fit des siennes.
Honteux, je me retirai, pour cacher mon instrument, qui ne vit de nouveau le jour qu'à Géryville, quand j'étais sergent-major.
Géryville est un point perdu à l'entrée du désert algérien. Il est à six étapes de tout lieu habité. Sentinelle avancée, il veille, avec un soin jaloux, sur la sécurité des possessions française de l'Algérie.
La petite garnison de deux compagnies est la seule force qui garde ce poste.
Les occupations des militaires ne sont pas dignes d'intérêt. A part quelques manoeuvres, le travail se réduit à rien.
Je partageais mes loisirs entre mon chien, ma baraque, mes livres, mon hamac et ma flûte.
Je choisissais toujours les heures solennelles pour réveiller les échos des montagnes voisines. Les sons plaintifs et harmonieux de mon instrument coulaient doucement, la nuit, dans les ondes sonores. La plaine et les montagnes furent souvent étonnées d'entendre les airs du pays.