Rien comme la solitude et le grand silence pour remuer les sentiments.
L'homme, se voyant si petit dans l'immensité, a besoin de faire un bruit quelconque pour se prouver à lui-même qu'il existe. Ainsi, en écrivant, la nuit, le grincement de la plume, qui suit la pensée sur le papier, est un compagnon. En marchant seul dans le désert, il faut penser à haute voix, pour tromper l'isolement.
La flûte était mon aide favorite, et les habitants de Géryville, située à quelques mètres du camp, eurent bientôt une idée exagérée de mes capacités harmoniques.
Le 14 juillet 1879, je reçus une députation des notables de la ville. Ils me priaient instamment de contribuer à la partie musicale de la fête célébrée en plein air.
Je promis mon concours, et, le soir de ce grand jour, je lançais amoureusement, dans les saules environnants, quelques extraits palpitants d'Il Trovatore.
Je remportai un grand succès, et le résultat fut l'absorption d'une quantité enivrante de champagne.
C'est à cette fête mémorable que je fis la connaissance de quelques messieurs de l'endroit.
Géryville est habité par une vingtaine d'Européens et quatre ou cinq cents Arabes ou Juifs. Les premiers avaient formé un orchestre dont on me pria de faire partie.
Je consentis, et je vous présente les membres de ce digne corps de musique, qui est appelé à régénérer cette partie-ci de l'univers, dont je respire l'air.
Une terrible querelle,—voir plus loin les détails,—faillit cependant détruire ce modeste programme.