De la tenue et du maintien! car nous voilà en face de nos musiciens!
Notre chef, conducteur des ponts et chaussées travaille sur le violon.
Il a cinquante-deux ans.
Il est instruit, intelligent, et auteur d'une brochure sans lecteurs:—cette brochure traite de la philosophie universaliste.
Comme musicien, notre chef est très fort en démonstrations. Grave de figure, il nous dit de bien belles choses sur les fugues, soupirs, points d'orgue, trilles, croches, doubles et triples; mais s'il joint l'action à la parole, je jette un oeil anxieux vers la porte, et cet acte est amplement justifié.
En effet, dix minutes s'écoulent avec une série de frottements pour ajuster les cordes; cette opération terminée l'archet, se lançant en mouvement, devient tout de suite dévergondé, et tourmenté par une main inspirée, il gratte le violon de la plus cruelle manière.
Les échos, surpris de ce vacarme, se lancent et se relancent les sons avec rage.
L'air, bouleversé de cette cacophonie, se refuse bientôt à alimenter les poumons des auditeurs, qui n'ont qu'une voie de salut: sortir.
C'est ce que je fais invariablement, avec tact, bien entendu, car mes parents m'ont bien élevé.
Notre sous-chef est fournisseur de l'armée.
Grand, Bavarois de naissance, sec, planche par devant, planche par derrière, il touche l'harmonium.