A ce spectacle émouvant, une larme, une vraie alors, s'échappe du susdit coin de l'oeil de notre chef: son ennemi soupire avec bruit.

En tacticien habile, je saisis l'instant, et, m'appuyant sur mon rôle de pacificateur, je les pousse dans les bras l'un de l'autre.

Ce fut le signal d'une explosion générale.

Avant de me reconnaître, j'étais empoigné par le trombone, qui arrosa mon gilet.

Je dis gilet, pour être fidèle au vieux cliché, mais qu'on se le répète bien, un troupier ne porte jamais ces choses-là. Il sait se contenter d'une honnête chemise de grosse toile. Le numéro matricule de la mienne conserve encore les traces des larmes de notre humide trombone.

C'était le 7 août.

Le déballeur, sans se laisser déconcerter par ce déluge, continuait son travail. Bientôt notre instrument, dans toute sa candeur, fut mis en évidence sur une table.

Le colon musicien le fit ensuite quelque peu ronfler pour rappeler ses souvenirs. Après plusieurs insuccès, on se livra entièrement à la joie.

Le chef et le second violon se grisèrent et chantèrent la Marseillaise.

Les autres en firent autant, et l'on se sépara, avec force embrassades se jurant une amitié éternelle.