Cette occasion se présenta sous la forme d'un basson.
Ceci peut paraître bizarre. Après réflexion cependant, on avouera que c'est rationnel.
Avec son air embêtant, ce long et inoffensif instrument, par sa seule présence parvint à doucir les coeurs de nos inflexibles musiciens.
Il arrivait directement d'Oran.
Un colon éclairé avait mis en avant ses capacités sur le basson. Tout de suite il en fut commandé un exemplaire, et par les voies rapides.
Cinq jours après, un long ballot, aux dehors insignifiants, était déposé à nos pieds.
Chacun avait fait taire ses ressentiments pour assister au déballage. Nous étions au complet quand le garçon donna le premier coup de canif aux cordes du ballot.
Au fur et à mesure que ficelles et toile lâchaient prise, sous le couteau du déballeur, les coeurs s'amollissaient.
Observateur discret, je crois voir poindre une larme dans le coin de l'oeil gauche de notre chef, qui a l'âme tendre. Le second violon, quoique ému, restait froid, sa tête portant encore les traces sanglantes du combat.
Enfin, la dernière ficelle coupée, le petit bec du basson voit le jour.