Il chante bien, ce qui ne nuit en rien à l'harmonie.

En dernier lieu apparaît Joseph. C'est moi.

Je suis devenu le clou de la situation. La musique que j'interprète a un charme tellement original que le compositeur lui-même ne reconnaîtrait plus ses oeuvres.

Je m'étendrais complaisamment sur ce sujet, mais je deviens modeste et je me tais.

Nos musiciens mis en scène, je vous narre la querelle dramatique qui est venu ébranler notre institution dans ses oeuvres vives. Ce forfait, que nous déplorons tous, fut consommé pendant une de mes absences.

La chicane, comme je l'ai su depuis, naquit d'une fausse note arrachée par l'archet de notre chef. Celui-ci l'attribua à l'instant au second violon, qui, silencieux comme toujours, prétend ne pas avoir joué.

Le chef insiste, l'autre riposte, et l'affaire se termine par la déconfiture d'un instrument lancé à la tête d'un des adversaires.

Le conducteur des ponts et chaussées, à qui appartient le violon démoli, dédaigne d'en ramasser les morceaux et s'éloigne d'un air noble.

La querelle règne encore quelque temps parmi les autres, et l'assemblée finit par se dissoudre dans le plus grand désordre.

Nous en restâmes là pendant quelques jours. Mais moi, comme tendre flûtiste, partisan de la paix à outrance, j'attendais avec anxiété l'occasion de soulager ces coeurs ulcérés.