La queue suit le mouvement, et l'ensemble apparaît au spectateur comme un immense serpent bariolé de toutes couleurs.
La pente franchie, la masse reprend sa roideur et se traîne lentement sur le sol horizontal, traçant de gigantesques zigzags à droite et à gauche.
Un soleil d'enfer poursuit de ses rayons verticaux tous ces pauvres diables qui s'épongent, soufflant comme des phoques.
Quel abattement partout!
A voir cette tristesse générale, on se dit que tout ce monde est découragé. Mais qu'une occasion se présente! tout de suite les visages s'animent, les muscles se roidissent, la respiration se raffermit, et gare les événements!
Alors, qu'est-ce donc qui tue ainsi l'entrain? Hélas! la monotonie, l'absence de tout être animé.
Personne pour nous admirer! Personne pour nous regarder défiler! Rien! pas même un animal quelconque qui s'enfuit à l'approche de la colonne!
C'est un fait incontestable qu'il est nécessaire d'être admiré pour supporter gaiement une lourde fatigue.
Le troupier, le Français surtout, est ainsi fait. Il lui faut un peu de vanité satisfaite, attirer un brin l'attention. A quoi servirait les fatigues, les misères, les souffrances, si personne ne s'en apercevait?
Aussi, voyez une expédition.